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L’ILE DE PENANG

L'île de Penang (aujourd'hui Seberang Perai), ancienne compagnie anglaise des Indes orientales, malgré une bonne activité de négoce, s’est fait supplanter par Singapour sur la route transcontinentale. En 1914, elle est le théâtre d'un combat naval entre des navires français, russes, et le corsaire, croiseur allemand Emden. Quelque soit le degré d’islamisation des treize états Malaisiens, Penang est le seul État sans majorité malaise par les différentes nationalités et confessions religieuses qui le composent. Sa capitale George Town jongle entre le tourisme et la spécialisation industrielle des semi-conducteurs.
Il est édifiant de voir dans un tintamarre de couleurs et de matières premières, sa mosquée, ses temples, hindous, Malaisiens, chinois, son Buddha de 33 mètres de long (le Wat Chayamankalaram) ; la belle et ancienne maison bleue où fut tournée une partie du film Indochine, (Cheong Fatt Tze Mansion)…ou encore son funiculaire rouge et blanc, (Penang Hill) qui grimpe jusqu’au sommet de la ville à travers une végétation luxuriante.

L’AUTRE VIE

Au centre de George Town, sur certains trottoirs bruyants, des formes allongées immobiles, dans des toiles brunes, peuvent être prises de loin pour de vieux tapis roulés sur eux mêmes ou des monticules de fin de travaux.
Dans le petit cimetière européen, sous une épaisse et bienfaisante ombre, d’anciens caveaux blanchâtres s’alignent tant bien que mal sur le sol torturé par les énormes racines d’arbres centenaires. Çà et là, quelques rares âmes dorment au frais sur les tombeaux. Près d’un muret. un malais, coiffe lentement ses longs cheveux grisâtres.
Couchés à même le sol, ils ne demandent rien, ne geignent pas, ne mendient pas, ne se plaignent pas. Nul ne saurait dire s’ils dorment ou s’ils attendent la mort dans une phase comateuse. Ils restent sur place comme des ombres, des fantômes, ou errent silencieusement. Nul ne saurait dire s’ils attendent quelque chose, s’ils ont encore la capacité de vouloir ou même de Croire, tant ils sont immobiles, tels des planches, des tas de tissus ou de vieux pans d’immeubles.
Ils sont là, « hors – souffle », hors d’atteinte, hors circuit. Hors de toute distinction humaine.
Il devient alors terrifiant, de faire le lien entre ce qu’ils semblent être et ce que nous sommes ; toujours entrain de parler, marcher, courir, rire, pleurer « pour » mourir.
Il est alors terrifiant de se poser LA question devant ces corps qui continuent à exister en pleine rue parmi les autres.
Est-ce que ces êtres (biologiquement humains) « déchus », « hors-souffles » pour on ne sait quelles raisons, peut être proches d’un absolu, loin des obligations sociales, font encore partie de l’humanité (bruyante et consumériste) ?
Est-ce que les êtres en mouvement, en production en tous sens, loin des nécessités biologiques, dans une quête du toujours plus, du toujours autre… sont-ils d’avantage dans le Réel et font-ils d’avantage partie de l’humanité ?
En regardant d’un œil placide et franc ces formes immobiles sans souffle apparent… je n’ai pas LA réponse (définitive), lequel de nous deux est le l’être vivant/l’être Réel ?
Penang me reste alors plus qu’énigmatique… comme le symbole (vécu) de L’Autre Vie, celle qu’on ne peut supposer, celle qu’on ne peut supporter mais qui existe aussi…