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« LA et Seulement LA »

Sur l’Ile peuplée, la plus éloignée de tous les continents, au milieu de l’océan serti par les rivages volcaniques d’un ébène luisant, qui sont sans cesse déchiquetés avec violence par la mer azur sombre ; la température tropicale apaise toute volonté d’agitation.
La Nature offre les extrêmes, une végétation luxuriante et des collines d’un vert tendre, des plaines rougeoyantes ou, jaunâtres, arides, pierreuses aux allures lunaires comme brûlées par les tourments du monde.
La population chilienne, d’origine polynésienne recèle aussi bien la langueur et la placidité Pacifique que la vigueur gestuelle espagnole. En cela, elle ne demande rien au reste du monde, s’acclimate à la modernisation des Etats-Unis d’Amérique en y puisant les produits qui améliorent son quotidien.

Il reste, alors, l’essentiel, « les Moais », dans ce déroulement de vie aux formes immenses taillées dans la pierre, disséminées sur les flancs de l’Ile, ces « paraître » incertains et affolants, mystiques et simples.
Ils disent l’évolution du monde et confirment avec impudence et impertinence devant le mystère que, quelque soient les mouvements qui agitent l’Homme, ils resteront là, debout, tombés sur le sol rocailleux, ou couchés près des collines dont ils sont extraits. Ils restent et resteront là pour une éternité.
Ils ont en leur temps représentés de la façon la plus simple qui soit les hommes des tribus et leurs dignitaires, ils ont été les dieux qui sauvegardaient les ressortissants de l’Ile contre l’inconnu, l’Ailleurs et les ennemis des autres contrées. Ils ont été le BRS le plus matériel et formel qu’ait pu exprimer l’Homme.
Mais, aujourd’hui, il apparaît que pour tout occidental, pour tout européen, là et seulement là, le BRS* s’autodétruit, il ne sert à rien d’exercer quelqu’attrait, quelque pouvoir que ce soit (pour quoi ? pour qui ? sur qui ? sur quoi ?).
Nous sommes au bout du monde, au bout de notre possibilité de compréhension, d’investigation. Il ne reste qu’à Etre dans la nature asséchée et parfumée entre les chevaux en liberté et les moais, en écoutant nuit et jour les battements de l’océan.
Le BRS ne fonctionne pas. Ici, horriblement l’être est dépossédé de ses attributs, de ses artifices, de tout appareillage contemporain, l’argent et le matérialisme sont là, mais sans signification ostentatoire et compétitive. Le pouvoir ne sert à rien. L’avoir est dans l’être.
L’ « à quoi bon » existe, mais il est apaisé par l’extérieur, par la situation unique au monde qu’est l’Ile de Pâques et il ne provoque aucune violence, au contraire, il renforce la sensation d’être et de n’être que soi sans représentation.
Alors, désarçonné, au bout du monde, les éléments du besoin de notre reconnaissance sont annihilés, anéantis, comme si ils n’avaient jamais existé. Ils font poindre une autre entité, une nouvelle identité où l’homme n’à qu’à être. Ce n’est pas un dénuement, une distanciation ou une pose. Il s’agit de quelque chose d’autre, de pur et d’essentiel, qui ne peut être vécu que là, l’être sans sa propre représentation, l’être en soi pour soi sans son besoin de reconnaissance de soi.
*BRS : le "Besoin de Reconnaissance de Soi"